Énième témoignage de refus de temps partiel dans l’éducation nationale

Professeur en collège depuis 15 ans, j’ai demandé pour la rentrée 2016-2017, un mi-temps annualisé. Celui-ci a été refusé car il manque de remplaçant dans ma discipline, c’est la nécessité de service qui est mise en cause. Or si je devais être malade ou enceinte en 2017, il faudrait bien me trouver un remplaçant …
Avec le soutien de mon principal et de mon inspectrice, nous avons pourtant monté un projet pédagogique pour appuyer cette demande et montrer l’intérêt que l’Education Nationale pourrait en tirer (c’est donnant donnant), rien n’y fait. A côté de cela, mon conjoint, dans le privé (mais pas dans l’enseignement), a obtenu sans souci un congé sans solde de plusieurs mois. A cause de ce refus, tout notre projet familial tombe à l’eau. L’éducation nationale ne fait rien pour garder ses éléments qui ont parfois absolument besoin d’un break pour reprendre leur respiration et repartir avec moins de stress … Sans solution, j’ai même envisagé la démission … »

Encore un refus de temps partiel dans l’éducation nationale

Je suis enseignante en ce1 et j’ai la chance de travailler à mi-temps depuis 17 ans. Cette année, coup de massue, on m’annonce que mon mi-temps ne peut se prolonger et je suis convoquée demain pour un entretien avec mon inspecteur. Quelle raison va-t-on bien pouvoir me donner?
Je travaille en binôme avec une collègue (qui est maintenant une amie) depuis plusieurs années déjà et nous avions envoyé un courrier pour expliquer que nous voulions continuer dans ce sens (donc aucune complication d’organisation de service!). Nous avons déjà été inspectée à deux reprises et notre travail a été jugé satisfaisant : puisque nous nous entendons bien, nous avons de nombreux projets et nous éclatons dans notre travail!
Ma décision de travailler à mi-temps a été prise suite à une dépression due au stress au travail et on me redemande de travailler dans ces conditions!!! Où va être le bien des enfants si leur enseignante est au trente-sixième dessous?
Je ne demande pas à être payée plus mais juste le droit de continuer à travailler à 50% pour la moitié d’un salaire!

Bosser 14h par semaine

Je viens de lire votre ouvrage et je souhaite vous manifester mon entier soutien et ma totale sympathie pour votre projet. Voici mon témoignage.
J’ai moi-même choisi le temps partiel dès mon entrée dans le monde du travail. J’ai d’ailleurs fait des études de secrétariat car je savais que je trouverais facilement des emplois à temps partiel dans cette branche et je ne souhaitais pas faire de longues études. A 30 ans, je travaille 14 h par semaine en tant que secrétaire juridique pour 670 € nets par mois. Comme nous vivons à deux, je peux me « permettre » ce petit salaire. Nous avons évalué vos dépenses « normales » mensuelles à 1500 / 2000 € (où le loyer tient une grande part avec presque 700 €, je compte dedans assurance, transports en commun, mutuelles, etc).
Nous dépensons peu et vivons simplement. Notre principal poste de dépenses « somptuaires » est la nourriture que nous tentons d’acheter le plus possible en magasin bio. Pour une femme il est simple de chercher un temps partiel. Pour un homme je pense que le regard de la société doit être moins indulgent…
Je travaille depuis cinq ans au secrétariat d’un avocat. Au début employée à 20 h par semaine (beaucoup trop !), j’ai réussi à négocier une baisse de mes horaires sans perdre trop en salaire. Chaque année je demande une augmentation qui m’est accordée. Mon employeur m’accorde de nombreux jours de congé « gratis », quand il est en RDV extérieur et qu’il ne m’a pas laissé de travail au bureau; il estime que je n’ai pas à venir et me prévient par téléphone. Je bénéfice de ces conditions que beaucoup trouvent « exceptionnelles » (moi je les trouve normales, mais bon) parce qu’il est très satisfait de mon travail et parce qu’il partira bientôt à la retraite – il lâche du lest.. Je touche désormais 15 € brut de l’heure ce qui n’est pas trop mal pour une secrétaire.Mon conjoint est à temps plein subi (hélas pour lui) dans le BTP. Il rêverait de pouvoir passer à temps partiel mais cela reste impossible dans son entreprise actuelle. Et pour lui un temps « partiel » ce serait tout simplement de faire 35 h par semaine, mais il travaille plutôt 50 à 60 h actuellement. Avant il travaillait davantage encore, mais après avoir vécu 2 crises d’épilepsie sur son lieu de travail, il est devenu travailleur handicapé et son employeur ne peut plus lui reprocher de partir « trop tôt » à 18 h…
Ainsi mon temps partiel nous apporte beaucoup en termes de « qualité de vie » : je m’occupe de la plupart des tâches ménagères, je cuisine (des vrais plats). Quand il rentre à 18h (au plus tôt) nous pouvons profiter de notre couple, tout est prêt, tout est fait. J’estime que le ménage, les courses, m’occupent en moyenne 5 ou 6 h par semaine (10 h max). La cuisine 1 heure par jour. Ça me laisse pas mal de temps libre… que je consacre entre autres à mon activité artistique (j’ai écrit quelques livres), à prendre des cours de langue. Bien sûr on pourra nous reprocher d’attribuer 80 % du ménage à la femme : mais je m’occupe du ménage uniquement parce que je « travaille » comme salariée 14 h par semaine, pas en raison de mon sexe.Nous avons pour projet d’immigrer au Québec (les démarches administratives sont entamées), où nous avons vécu 2 ans. Pourquoi ? Pour que mon conjoint travaille moins ! Un temps « normal » (35 à 39 h par semaine) ou un temps partiel sont bien plus envisageables dans le BTP québécois. Les mentalités canadiennes n’imposent pas des rythmes de travail inhumains, tout simplement (à mon avis) en raison du quasi plein emploi qui règne dans le pays. Les salariés subissent moins de pression de la part de leur employeur, et ce dernier cherche avant tout à les « garder » !
Donc demander un temps partiel n’est pas du tout une mission impossible, avec un minimum d’ancienneté et si l’entreprise est satisfaite de vous bien sûr.
Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, dans un pays comme la France avec un tel taux de chômage, le temps partiel n’est pas envisagé de façon globale.Il n’y a pas assez de travail pour tout le monde : je dis tant mieux, partageons-le pour le réduire au maximum !

Refus de temps partiel dans la fonction publique territoriale

Titulaire de la Fonction Publique Territoriale, c’est la deuxième fois que l’on me refuse un temps de travail à 80%. Chaque fois, on me signifie la même excuse : ça va poser problème au niveau de l’équipe. Quelle que soit la composition de l’équipe, évolutive en fonction de congés, absences, mutations, restructurations, personnes en plus, l’excuse est la même. Ce qui me frappe et me choque, c’est que ma hiérarchie ne cherche aucunement à envisager des solutions avec moi et la RH : comment pallier mon absence d’une journée dans la semaine, comment pourrait-on s’organiser, mes propositions ainsi que celles de mes collègues pour que notre structure continue de fonctionner .. En même temps, quelle que soit la composition de l’équipe, service public oblige, la structure fonctionne toujours ! A ma direction (politique municipale communiste jusqu’aux dernières élections), j’ai proposé de partager mon temps de travail et de reverser cet argent à une personne qui me remplacerait … ma proposition a fait rire et elle était soi-disant utopiste ! On me fait donc croire que je suis indispensable, on veut m’embêter, ils ne veulent pas s’embêter …? je ne sais pas exactement quel est le problème, en attendant, je cumule davantage de semaines en arrêt maladie que si je travaillais moins. C’est idiot et regrettable d’arriver à cet état d’esprit. Les choses pourraient être tellement plus simples et tellement plus solidaires et partagées.

Difficultés d’accès au temps partiel dans l’éducation nationale : le témoignage d’un professeur des écoles en Haute-Savoie

Professeur des écoles depuis bientôt 10 ans en Haute Savoie, j’apporte un témoignage quant à la difficulté d’obtenir un temps partiel dans l’Éducation Nationale.

Deux sortes de demandes sont possibles : le temps partiel de droit et celui sur autorisation. Le premier est réservé aux personnels relevant de conditions précises (il est par exemple accordé à un parent élevant un enfant de moins de 3 ans), le second est quant à lui délivré « sous réserve de nécessité de la continuité et du fonctionnement de service »(1). Cette autorisation fait l’objet d’un examen individuel et n’est acceptée que si « l’adéquation nombre de postes/nombres de personnels permet de couvrir l’ensemble des besoins du département » (1).

Pour ma part, j’ai sollicité un mi-temps annualisé sur autorisation pour la rentrée 2011. Étant données les politiques menées par le gouvernement (suppression de postes…), la quasi totalité des dossiers ont été refusés et même, alors que nous nous rendions aux convocations pour défendre notre cas, la secrétaire générale nous recevait en annonçant que l’inspection académique nous écouterait (par obligation), mais qu’aucune de nos demandes ne serait honorée.

Ce phénomène s’est répété les années suivantes jusqu’en 2013 et 2014 où aucun dossier n’a été accepté…

Et les personnels et syndicats craignent que l’obtention des temps partiel sur autorisation ne soit plus compliqué encore dans les prochaines années.

(1) circulaire des temps partiels

Bonheur du temps libéré

Plaidoyer pour la reconnaissance d’un droit à l’inactivité, quel beau titre ! Je n’ai pas travaillé pendant 3 ans, après avoir quitté une compagnie où j’étais restée 20 ans. Je n’ai jamais été aussi bien dans mes baskets. Famille, liens sociaux, activités alternatives, jardinage, que du bonheur. Plus mal nulle part, sommeil parfait, disponibilité pour les enfants et les amis : pas le temps de m’ennuyer, ma maison ouverte à qui voulait passer quand il le voulait. J’ai repris un travail – à temps plein, argh : je suis de nouveau perclus de partout et n’ai plus le temps de rien. Vivement la fin de mon contrat ! Je rêve de voir le revenu de base entrer dans les mœurs, et disparaître la culpabilisation de celui qui ne travaille pas ou pas tout le temps. Avoir un emploi ne signifie pas forcément être utile, au contraire parfois. La plupart du temps on a/cherche un emploi pour manger et avoir un toit, et cet emploi cause souvent de la souffrance. C’est tout de même comble de devoir souffrir pour vivre. Il faut que les esprits y réfléchissent.

 

4 commentaires

  1. Bonjour
    A nouveau je peux témoigner positivement.
    Après l’Education Nationale, me voilà dans l’Enseignement Supérieur (toujours fonction publique) et jusqu’à présent, chaque fois que je l’ai demandé, mon directeur m’a autorisé un temps partiel; il faut dire que je prépare une thèse de doctorat. Après un mi temps l’an dernier, je vais être à 80% pour 2016/2017, pour une raison que j’ignore payée à 85,70%!
    Je n’ai pas encore tout saisi dans le fonctionnement de la fonction publique mais comme l’employeur a l’obligation de fournir un temps plein au fonctionnaire qui le souhaite, la norme est le temps plein. Ainsi quand des postes sont attribués par exemple à une université, c’est en nombre de temps plein et non en équivalent temps plein. Donc toute personne qui demande un temps partiel crée un problème de gestion des RH : sa réduction de temps n’engendre pas une nouvelle embauche. Qu’elle coute moins cher car travaillant moins n’entre pas en compte dans l’acceptation.
    Un système à comprendre et changer dans aucun doute!
    Il faudrait par exemple que la fonction publique crée des postes à temps partiel …

  2. Bonjour
    J’apporte ma contribution à ces témoignages dans l’Education Nationale.
    Professeur en collège depuis 15 ans, j’ai demandé pour la rentrée 2016-2017, un mi-temps annualisé.
    Celui-ci a été refusé car il manque de remplaçant dans ma discipline, c’est la nécessité de service qui est mise en cause. Or si je devais être malade ou enceinte en 2017, il faudrait bien me trouver un remplaçant …
    Avec le soutien de mon principal et de mon inspectrice, nous avons pourtant monté un projet pédagogique pour appuyer cette demande et montrer l’intérêt que l’Education Nationale pourrait en tirer (c’est donnant donnant), rien n’y fait.
    A côté de cela, mon conjoint, dans le privé (mais pas dans l’enseignement), a obtenu sans souci un congé sans solde de plusieurs mois.
    A cause de ce refus, tout notre projet familial tombe à l’eau.
    L’Education nationale ne fait rien pour garder ses éléments qui ont parfois absolument besoin d’un break pour reprendre leur respiration et repartir avec moins de stress …
    Sans solution, j’ai même envisagé la démission …

  3. un témoignage contraire : en qualité d’enseignante dans le 2nd degrè à l’Education nationale en Savoie, j’avais réussi à obtenir deux années de suite un temps partiel annualisé pour les rentrées 2010 et 2011. Cela devait m’etre refusé tout comme un congè formation pour reprise d’études. Après une demande dans les délais prévus et motivée par la reprise d’études pour rebondir professionnellement, j’ai relancé les services rectoraux car en arret maladie pour dépression ou presque entre temps. J’ai eu la surprise de constater qu’aucune commission ne s’était réunie pour m’attribuer ce mi temps annualisé mais qu’en gros, c’était décidé au cas par cas ou selon mon interprétation dans un couloir!
    Depuis je sais que plusieurs collègues se sont refusés un simple temps partiel « sur autorisation »…. Il faut tout de même réitérer les demandes

  4. Titulaire de la Fonction Publique Territoriale, c’est la deuxième fois que l’on me refuse un temps de travail à 80%. Chaque fois, on me signifie la même excuse : ça va poser problème au niveau de l’équipe. Quelque soit la composition de l’équipe, évolutive en fonction de congés, absences, mutation, restructuration, personne en plus, l’excuse est la même. Ce qui me frappe et me choque, c’est que ma hiérarchie ne cherche aucunement à envisager des solutions avec moi et la RH : comment pallier mon absence d’une journée dans la semaine, comment pourrait-on s’organiser, mes propositions ainsi que celles de mes collègues pour que notre structure continue de fonctionner .. En même temps, quelque soit la composition de l’équipe, service public oblige, la structure fonctionne toujours ! A ma direction (politique municipale communiste jusqu’aux dernières élections), j’ai proposé de partager mon temps de travail et de reverser cet argent à une personne qui me remplacerait … ma proposition a fait rire et elle était soi-disant utopiste !
    On me fait donc croire que je suis indispensable, on veut m’embêter, ils ne veulent pas s’embêter …? je ne sais pas exactement quel est le problème, en attendant, je cumule davantage de semaines en arrêt maladie que si je travaillais moins. C’est idiot et regrettable d’arriver à cet état d’esprit. Les choses pourraient être tellement plus simple et tellement plus solidaire et partagée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *