Nous avons déjà évoqué, dans un article précédent, les quelques marges de manœuvre en cas de refus de temps partiel. Elles sont peu nombreuses et la situation ne s’améliore guère, le droit n’évoluant pas dans le sens d’une extension de celui à bosser moins (voir notamment la suppression en 2016 de l’accès de droit au temps partiel dans le cadre d’une création d’entreprise pour les fonctionnaires).

Nous continuons ainsi de recevoir en masse des témoignages de refus, provenant notamment d’enseignants, et sommes désolés et frustrés de n’avoir pas de solution imparable à sortir du chapeau. Piqués au vif, nous sommes retournés, une énième fois, à la pêche aux idées. Sans avoir complètement rempli la bourriche, nous n’en sommes pas pour autant revenus totalement bredouilles. Du côté des dispositions directement relatives au temps partiel, évidemment pas de miracle, mais en faisant un détour par les disponibilités, nous avons entrevu une petite ouverture.

Sur la page internet service-public consacrée aux disponibilités, une modalité particulière a en effet attiré notre attention. C’est celle qui permet de prendre une disponibilité pour élever un enfant de moins de huit ans. Et elle nous a d’autant plus intéressés que celle-ci s’obtient de droit ! Sa durée est de 3 ans maximum, renouvelables jusqu’au 8 ans de l’enfant. Mais vous nous direz, s’arrêter complètement de bosser et le faire à temps partiel, ça n’est pas exactement la même chose. C’est juste mais…

D’abord, choisir de bosser moins, c’est accepter de gagner moins. Donc si vous êtes à temps plein, qu’on vous refuse un temps partiel à 50 %, et que vous n’êtes pas forcément attaché à une modalité hebdomadaire, ne rien gagner pendant la moitié de l’année, ça revient financièrement au même. Vous obtenez donc, par le truchement de la disponibilité, un temps partiel annualisé « déguisé ». En revanche, si ce sont les jeudis et vendredis de chaque semaine dont vous avez besoin, effectivement, ça ne marche pas.

Sauf que, autre manière d’aborder la situation, vous pouvez aussi utiliser cette dispo de droit comme moyen de pression. « Vous me refusez mon 80 % ? Pas de problème, je vais prendre deux mois de disponibilité tous les ans jusqu’aux huit ans de mon enfant ! Ah finalement, ça vous emmerde nettement plus, donc c’est ok pour mon vendredi ? Bah vous voyez qu’en discutant on arrive à trouver des solutions ».

Limitée aux fonctionnaires, ayant des enfants de moins de huit ans, cette piste n’est évidemment pas la panacée mais il n’y a en l’état que de petites poches de résistance. Dans l’attente de l’inscription dans le code du travail de ce droit à bosser moins que nous défendons toujours aussi ardemment, malgré les vents fortement contraires.

« Le travail au sens propre est un voyage éducatif entrepris par deux jeunes en quête de sens quant à leurs futurs choix professionnels, qui vise à identifier comment l’éducation et la forme de travail influent sur l’épanouissement personnel de chaque individu. » Vous pouvez suivre leurs pérégrinations à travers l’Europe sur le site internet. Vous pouvez aussi regarder l’interview de la coopérative d’inactivité, réalisée à Lyon cet hiver :

 

Projection du documentaire d’Elsa Fayner, « La mécanique Burn-out » le vendredi 21 septembre 2018 à 19h15 à la Mairie du 1er arrondissement de Lyon (2, place Sathonay – Lyon 1), en présence de la réalisatrice Elsa Fayner et de deux membres éminents de la coopérative d’inactivité, Samuel Michalon (psychologue du travail) et Baptiste Mylondo, économiste pour la discussion post-projection.

Au plaisir de vous y croiser.

Notre tribune est accessible  ici publiée sur le site de Médiacités, journal en ligne qui se présente lui-même de la manière suivante :

MEDIACITÉS est un journal en ligne d’investigation et de décryptage. Il enquêtera sur les pouvoirs politiques, économiques, sociaux, culturels, sportifs. Il éclairera les enjeux et les expliquera de façon pédagogique. MEDIACITÉS est un journal en ligne indépendant, sans publicité et sans lien avec un groupe industriel. Il sera engagé mais non partisan. Il privilégiera l’approfondissement au flux incessant de l’information continue. Il s’opposera au sensationnalisme. MEDIACITÉS est au service exclusif de ses lecteurs abonnés et à leur contact. Il participera au débat démocratique par la publication de ses enquêtes et leur mise en débat lors de rencontres publiques. MEDIACITÉS est décliné dans les métropoles de France en autant de sites que d’agglomérations couvertes. Il tirera sa force de ses ancrages locaux et de son réseau national.

Notre tribune est intitulée Egalité entre les sexes : et si les hommes bossaient moins ? et vise notamment à répondre à l’accusation qui nous est parfois faite de défendre une mesure antiféministe.

A signaler également la participation de Baptiste Mylondo à la grande table de France Culture, c’était le 31 mai de cette année et c’est écoutable ici.

Le refus du travail – Théorie et pratique de la résistance au travail, de David Frayne, préface et traduction de Baptiste Mylondo a paru en ce début d’année aux éditions du détour.

Présentation de l’éditeur : David Frayne trace d’abord une limpide théorie historique du travail, convoquant Calvin, les grands utopistes, Marx, Keynes et de nombreux autres jusqu’à André Gorz. Son but est de mettre en évidence la construction progressive du travail comme alpha et omega de notre insertion dans la société, et la « provocation » que constitue, de fait, l’idée de défendre une autre vision du bonheur. L’aliénation du travail contraint, les souffrances psychiques ou physiques, ne sont que quelques-unes de facettes de l’envahissement irrépressible de notre liberté par de soit-disant besoins économiques.

Mais il serait simple de refuser une telle contrainte si le travail ne jouait pas aussi le rôle d’une forteresse pour ceux qui s’y plient, protection autoproclamée contre le chômage et son stigmate, promettant inclusion sociale et bonne santé. David Frayne a enquêté auprès de personnes qui ont renoncé à chercher du travail : quel a été le moment de bascule, comment vivre en étant considéré comme incomplet ou inutile, quelles nouvelles perspectives s’ouvrent ? Il s’interroge : ces parcours ne contiennent-ils pas le ferment d’une alternative politique, donnant des armes pour imaginer une forme plus robuste et plus authentique de liberté ?